Mathilde Alet

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Mathilde Alet a pour principal trait de caractère le désir impatient, impérieux de faire. Parmi les faire, elle apprécie tout particulièrement le rien-faire.

Elle aime les hommes qui pleurent et les femmes qui jurent. Ses amis s’accommodent avec tendresse de son impatience impérieuse. Elle a pour défaut de picorer dans l’assiette des voisines et voisins, tremper ses lèvres dans leur vin. Son occupation préférée, comme on laisse fondre un bonbon sur le palais, regarder au plafond défiler les idées. Elle y associe les voix des émissions radiophoniques et podcast qu’elle affectionne – Les pieds sur terreÇa peut pas faire de malLa poudre– ou le simple son blanc du plafond. Ses rêves endormis n’ont pas l’allure d’un bonheur, quant aux rêves éveillés il y a tout lieu de les taire, des rêves grands comme trois fois la distance terre-lune qui prêteraient trop à rire.

Son plus grand malheur serait de se souvenir de tout, chaque mot prononcé entendu, chaque pli de peau jusqu’à chaque matin ne pas reconnaitre dans le miroir son visage de la veille. Elle voudrait être elle-même en moins ceci et plus cela, ou bien un chat : dormir vingt heures par jour, bouffer et basta.

Le pays où elle désire vivre est celui où elle vit, la souriante et trébuchante Belgique. Nulle part sur terre on ne trouve de meilleurs belges. Sa couleur préférée est l’entre-chien-et-loup des ciels bruxellois. La fleur qu’elle aime est celle de l’oranger, sa mère en parfumait plutôt qu’au rhum la pâte à crêpes. Son oiseau favori est le moineau posé sur la rambarde du balcon, aussi l’oiseau favori de son chat.

Ses autrices préférées en prose se nomment Virginia Woolf, Annie Ernaux, son auteur préféré est celui du questionnaire auquel elle s’essaye ici*. Son poète Ian Monk, sa poétesse Sylvia Plath. Son héros de fiction n’a pas dix-huit ans, n’aime au monde que sa petite crevette de sœur Phoebe, le Holden Caulfield de L’Attrape-cœurs. Son héroïne de fiction est plus môme encore, américaine toujours, héroïne en salopette, la Jean Louise Finch de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. Elle explore les œuvres des compositrices, Agathe Backer Grøndahl, Lili Boulanger, recherche les disparues.

Quand elle était adolescente, son peintre préféré était Kandinsky. Elle continue par habitude à l’aimer, aime surtout prononcer son nom, obligée de dire le navant le d. Dans la vie réelle, son héros est le mec qui lui fait à manger, ses héroïnes les filles sauvages auprès de qui elle tient debout. Elle n’a pas de devise, garde de ses cours de latin au lycée un goût modéré pour la récitation des déclinaisons, leur préfère le silence à partir duquel elle crée (ad silentium – « le silence »).

 

* ce texte s’appuie sur les vingt premières questions du questionnaire de Proust.

Sexy Summer

Aperto

 

« Quitter Bruxelles. Quitter Bruxelles, changer de boulot, se désabonner de la télé, quitter Bruxelles, partir au vert, prendre le vélo, manger bio, quitter Bruxelles… Des rêves comme ça, on repassera. C’est la manière minuscule de voir les choses quand on devient vieux. Placer la barre à hauteur de nombril, se fixer pour ciel le plafond de la cuisine. Un peu avant Noël les ritournelles changent de ton. Les parents ne disent plus Et si au début des phrases, les rêves se muent en listes de choses à faire aimantées au frigo : résilier, revendre, désinscrire, transférer… Pour chaque mot barré un espoir en moins de rester. Un matin chaud de juillet, ils roulent sur un pont d’autoroute majestueux qui promet des sommets. La vieille Opel s’encaisse. Déjà le bitume parait loin. Ils tressautent. Ils se marrent, c’est les autos tamponneuses en vrai, sauf qu’ils sont tout seuls. Après le pont, sortie 13, ils s’enfoncent au creux d’une vallée sans montagne, les sapins tiennent lieu de relief, un panneau indique Varqueville, les parents disent Que c’est beau ! et c’est là. »